Jean Poulallion

« J’ai attendu trop longtemps »

Jean Poulallion n’imaginait pas qu’il serait un jour chef d’entreprise, pour la bonne et simple raison qu’il n’en avait aucune envie.
Mais la vie est facétieuse…

La scène se passe voici une douzaine d’années sur l’autoroute A4, entre Reims et Marne-la-Vallée, où Jean Poulallion rejoint Disneyland Paris. Pas pour faire un tour de manège, mais parce qu’il y travaille. Dans la voiture, il y a aussi son jeune fils - lui va faire quelques tours de manège. Jeune fils qui dit à son père : « Avec tout ce que tu sais, pourquoi tu ne deviendrais pas chef d’entreprise ? » Par « tout ce que tu sais », il faut entendre plus de 20 ans dans les fonctions marketing et vente de grands groupes internationaux : Jacobs Suchard, Mars, Rémy Cointreau (pour les champagnes Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck et Krug), Disney. En vérité, Jean Poulallion n’a jamais rêvé de devenir chef d’entreprise. Il doutait même d’en être capable. Sa carrière, à la sortie de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris, il l’envisageait à l’échelle de la planète, pour le compte de structures internationales. Mais chef d’entreprise, non… Dans la voiture, son fils ajoute : « Tu sais, si on part moins souvent en vacances, c’est pas grave. » Séquence émotion : à l’évocation de ce souvenir, Jean Poulallion a soudain la voix un peu moins ferme…
Et voilà qu’en 2008 une réorganisation chez Disney lui fait comprendre que l’heure est sans doute venue de prendre sa vie en mains. Un ancien banquier lui explique alors que, contrairement à ce qu’il croyait, sa compétence n’est pas sectorielle mais qu’il est un développeur. Il lui conseille de trouver une PME à développer, notamment dans le bâtiment où de nombreux créateurs ont les compétences techniques mais pas celles d’organisation ou d’amélioration de process internes permettant de franchir le cap des 50 collaborateurs… Il lui conseille même de chercher du côté du second œuvre. Jean Poulallion se marre ! Lui, dans le bâtiment ? Et le second œuvre, en plus, ce qui suppose qu’il existe un « premier œuvre » dont il ignore tout.
N’empêche. Par relation, il entre en contact avec l’entreprise Metzger, à Metz, spécialisée dans la menuiserie aluminium et les vérandas. Et c’est ainsi que Jean Poulallion est devenu chef d’entreprise.


Langues et ouverture d’esprit

De sa scolarité au lycée international de Saint-Germain-en-Laye où sa mère était professeur d’anglais (son père étant ingénieur dans le secteur gazier/pétrolier), il conserve quelques bribes de russe démarré en 6e, et maîtrise bien l’italien découvert en 4e. Comme il était en section anglaise, il parle couramment la langue de Shakespeare et a abordé l’épopée napoléonienne par les… victoires de Trafalgar et Waterloo ! A l’ESCP, il s’adonnera aussi au japonais. En prime, il a vécu deux ans au Brésil où son père était parti travailler (et où il vit encore aujourd’hui), et n’a aucun problème en portugais. « Ma formation m’a fait découvrir d’autres cultures. Les règles sont différentes d’un pays à un autre. Ça ouvre l’esprit et ça oblige à perdre ses certitudes, à ne pas s’enfermer dans des automatismes confortables. » Un viatique qu’il met en œuvre dès la reprise de Metzger, en mai 2010 : il passe en 2011 un « CAP menuisier aluminium et verre » pour connaître les bases de son nouveau métier et parler le même langage que ses collaborateurs. Aujourd’hui, avec 4 entités (2 à Metz, Nancy et le Luxembourg), 80 salariés, un chiffre d’affaires qui frise les 10 M€, Metzger et la plus grosse menuiserie artisanale indépendante du Grand Est, et la deuxième de France.


De l’entreprise à l’Union des Entreprises de Moselle (UE57)

Donc, dix ans plus tard, Jean Poulallion est un chef d’entreprise heureux. Il aime la liberté d’action, le travail d’équipe qui fait grandir l’équipe. « On prend plus de risques dans une petite structure que dans un grand groupe, il faut être plus inventif, plus créatif, plus souple aussi. Et quand on prend une mauvaise décision, les conséquences se paient souvent cash. Mais il y a le dynamisme, l’élan naturel et spontané insufflé par les collaborateurs. Et tout ce que j’ai appris pendant vingt ans dans les grands groupes constitue aujourd’hui ma boîte à outils, ma panoplie du possible. Je crois que j’ai attendu trop longtemps pour comprendre que tout se passerait bien. »
Tellement bien que Jean Poulallion s’investit également dans l’environnement socio-économique de l’entreprise. Dès 2012, il adhère au Medef Moselle. Depuis janvier 2018, il est conseiller prud’homal, fonction qui le passionne et qui avait motivé son adhésion en 2012. Depuis juin 2018 également, il est devenu président de l’Union des Entreprises de Moselle. L’UE mosellane, c’est le Medef rebaptisé et redynamisé, à son initiative et avec le soutien d’une équipe de jeunes femmes et hommes chefs d’entreprises. Jean Poulallion est allé faire un peu de benchmarking dans les autres représentations de l’organisation patronale, histoire d’en retirer la substantifique moelle. Désormais, cette Union des Entreprises est gérée par 30 dirigeants actifs (par opposition à retraités) et dispose d’un Conseil des sages… Il n’en tire pas d’autre satisfaction que d’avoir redonné un peu de visibilité à l’Entreprise, avec un grand E. Il avait pourtant affirmé qu’il ne serait jamais président du Medef en Moselle ! D’ailleurs, il ne serait pas contre le fait qu’un autre le remplace dans deux ans. Jean Poulallion aime se battre pour les idées qui font avancer les choses, pas pour le pouvoir. En ce sens, il apprécie justement qu’il n’y ait pas de dimension politique au sein d’une PME, tout comme à l’UE57 : « Nous, on ne traite que d’économie ».


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