Hervé Defrancq

Faire évoluer la culture de l’entreprise

Il y a la vie de l’entreprise et dans l’entreprise, mais il y a aussi une vie hors de l’entreprise. Pour les collaborateurs comme pour le dirigeant. L’articulation bien pensée de l’une et de l’autre doit conduire tous les acteurs vers une forme de gagnant/gagnant. C’est en tout cas ainsi qu’Hervé Defrancq, jeune directeur général de Laforge, fabricant de matériel agricole à Guignicourt (Aisne), voit les choses. Et s’efforce de faire évoluer la culture d’entreprise.

Parlons d’abord de l’entreprise. Aujourd’hui leader européen en relevages et prises de force avant pour tracteur agricole, Laforge a été fondée en 1972 à Hermonville (Marne) par Michel Laforge. Hubert Defrancq, fils d’agriculteur qui n’a pas attendu de devenir ingénieur pour déposer à l’âge de 16 ans le brevet - innovant - de la charrue avant, rachète l’entreprise en 1985, la transporte quelques années plus tard à Guignicourt, et la spécialise dans la production et le développement des relevages avant et accessoires associés. En 1991, Laforge crée une filiale de distribution aux USA, puis y achète (en 2007) une base de production et de services. En 2006, acquisition de la société Perrein, à Dampierre-au-Temple (Marne), qui développe depuis 2018 EasyCep, matériel innovant dans le désherbage mécanique de la vigne. En 2015, Laforge innove encore avec DynaTrac, interface universelle de guidage actif de l’outil arrière (les spécialistes apprécieront), actuel fer de lance de l’entreprise dans la mise en oeuvre d’une agriculture de précision, qui a reçu la médaille d’or du SIMA 2019 et l’AE50 Award 2019 (les mêmes apprécieront encore). Laforge emploie à Guignicourt 38 salariés et 7 apprentis, auxquels s’ajoutent les 10 salariés de Perrein et la trentaine de collaborateurs américains, et exporte 80 % de sa production. Le groupe a réalisé en 2020 un chiffre d’affaires de 21 M€.


Parlons ensuite d’Hervé Defrancq. 37 ans, marié, 3 enfants, depuis 2014 chez Laforge, dont il est aujourd’hui le directeur général. Après avoir particulièrement goûté l’enrichissement intellectuel que lui a procuré sa « prépa Clemenceau », à Reims, Hervé Defrancq devient l’un de ces experts du monde économique et de l’entreprise que forment les grandes écoles de commerce - Audencia (Nantes) en l’occurrence. Pendant sa formation, il effectue un stage de 6 mois chez Laforge. Pour un avenir tout trouvé à la sortie de l’école ? Au contraire, il comprend vite qu’il lui faudra d’abord aller voir ailleurs avant d’y revenir éventuellement un jour. « Mon père m’a toujours laissé libre de mes choix. Avec pour corollaire que si je souhaitais intégrer Laforge, il faudrait que j’aie une valeur ajoutée pour l’entreprise. » Il se forge donc sa propre expérience dans le trading d’engrais, à Paris d’abord, puis à Zurich. « C’est un domaine dans lequel il faut écouter les gens, comprendre leurs besoins, avoir une bonne capacité d’analyse, réagir vite, et repartir à zéro tous les mois. Ce n’est pas la bourse, mais c’est du négoce : on achète, on transporte, on revend… » Et au bout d’un certain temps, c’est lassant.


Parlons du retour à Guignicourt. Au début des années 2010 - période un peu tendue pour Laforge - Hubert Defrancq se demande s’il ne va pas vendre. Hervé, lui, cherche à quitter le trading. Créer une entreprise ? Pas franchement. Mais rejoindre son père pour développer Laforge, pourquoi pas ? « Adolescent, j’aimais les jeux de stratégie. Dans une entreprise, il faut construire une stratégie de développement et d’identité pour se projeter. » Il intègre Laforge en 2014. Il faudra trois ans pour que le père et le fils, l’ingénieur et le diplômé d’école de commerce, celui qui délègue peu et celui qui délègue de fait, trouvent le bon rythme. Hervé Defrancq pratique un management horizontal, empreint d’empathie, à l’écoute de collaborateurs motivés qu’il entend responsabiliser, dans le cadre d’une entreprise agile. « C’est une façon de faire évoluer la culture de l’entreprise, mais cela répond aussi à une attente. »


Parlons enfin d’optimisme. « Mon père a toujours beaucoup travaillé, mais je l’ai beaucoup vu porter seul le poids de l’entreprise et des responsabilités. Je ne veux pas être seul, ni dans l’entreprise ni en dehors, et dans cette optique je suis membre de l’APM (Association pour le Progrès du Management) de Reims, réseau d’échange et de partage avec d’autres dirigeants. » Ni seul ni… esclave de l’entreprise. Hervé Defrancq est de cette génération qui entend faire la part des choses entre vie professionnelle et vie privée. Son épouse lui rappelle d’ailleurs régulièrement ce nécessaire équilibre. Désormais, chez Laforge, le président (Hubert Defrancq) préside. A lui l’expertise et la vision à long terme - quoiqu’il envisage sérieusement une « semi retraite » ! Le directeur général (Hervé Defrancq) gère l’opérationnel et assure le management. A lui les réunions du lundi matin. A moyen terme, une partie des « cadres » de l’entreprise va partir à la retraite. Il va falloir injecter du sang neuf chez Laforge pour engager une transition sereine et investir… « Les choses se concrétisent peu à peu. Nos produits nous permettent d’assurer l’avenir. Je suis optimiste. » Le propre du chef d’entreprise.


Laforge


Jérémie Petit