Franck Coste

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le parcours de Franck Coste n’est en rien linéaire. Mais des expériences acquises il a su faire son miel et se régale à entraîner les autres dans son sillage.

Franck Coste est né par hasard et par accident à Paris le 3 mai 1964. D’un père français expatrié en Allemagne, et d’une mère allemande. Il grandit outre-Rhin et ne parle pas un mot de Français, jusqu’à ce que ses parents reviennent en France, en 1976 - il a 12 ans ! Excellent skieur (il vivait près de Garmisch-Partenkirchen, fameuse station de sports d’hiver), le petit Franck, de retour en France, obtient l’autorisation de rejoindre chaque week-end par train de nuit le ski club de Courchevel. Il intègre vite le Pôle Espoir puis l’Equipe de France Espoir. « De 12 à 17 ans, j’ai fait l’apprentissage du sport de haut niveau : travail d’équipe, gestion du corps, souci du détail, dépassement de soi, visualisation et planification... Ca forge le caractère et… apporte beaucoup de maturité et d’expérience que j’ai pu mettre rapidement à profit dans mon parcours professionnel. »


Vision transparente

Après une école de commerce, Franck Coste entre chez Paul Prédault (charcuterie) et « tombe amoureux » du Foué, la marque de jambon blanc de l’entreprise. Il développera le marché allemand avant de créer une filiale sur place. Puis il rejoint ce qui était encore la Seita pour développer le marché de la Gauloise blonde en Europe du Nord. Il fera bientôt partie des jeunes cadres non énarques qui contribueront à la privatisation de l’entreprise. A 28 ans, il prend en charge la plus grosse zone export (Afrique Moyen Orient) qui perd de l’argent, avec mission... d’en gagner. Il a 60 collaborateurs sous ses ordres, tous plus âgés que lui, qui le regardent venir. « Il m’a fallu faire preuve d’autorité et de compétence... » Trois ans plus tard, le pari est gagné. La Seita étant devenue Altadis, Franck Coste est chargé de réfléchir au développement potentiel de l’entreprise en rejoignant l’équipe M&A. « Je n’étais plus manager opérationnel, mais je touchais du doigt la véritable stratégie de l’entreprise. Cela m’a permis de passer un cap. » Il prend part au rachat par la Seita du n°1 américain du cigare, et va faire parti de l’équipe réduite en charge de négocier un Yalta du secteur avec les Espagnols de Tabacalera, qui, comme la Seita, viennent d’être privatisés, en vue de créer Altadis. Ce sera chose faite en 2001. On lui propose alors de diriger l’activité « cigare » en Europe, sous l’autorité d’un patron espagnol (Antonio Vasquez) avec lequel il s’entendra à merveille. « La période 2001-2006 sera pour moi un retour à l’opérationnel. L’Europe perdait de l’argent sur le cigare. Il fallait rationnaliser et on me suggérait de fermer des usines. A l’inverse, j’ai proposé un plan stratégique de développement. J’ai réalisé la cohésion des équipes et j’ai réussi à ‘emmener’ tout le monde. On a tous une résistance au changement. Mais avec une vraie pertinence business, si on donne une vision transparente des choses, que l’on partage évidemment soi-même, on met en confiance et cela enlève beaucoup de freins. Cette analyse d’échange stratégique avec les autres, du sens du détail, me vient de mon passé sportif. » A la demande d’Antonio Vasquez, il dirigera ensuite la régie des tabacs du Maroc, rachetée par Altadis, 2 000 personnes et 800 M€ de CA quand il arrive, toujours 2 000 personnes mais 1,5 Md€ de CA avec un résultat triplé trois ans plus tard. Franck Coste « s’éclate » dans le développement.


Créer de a valeur en interne

En 2008, Altadis est victime d’une OPA hostile d’Imperial Tobacco. Franck Coste s’en va et passe un coup de fil à un cabinet parisien de recrutement qui lui propose d’aller voir du côté de Champagne Céréales, groupe coopératif agricole et agro-industriel basé à Reims. Franck Coste n’y connaît pas grand chose en agro-alimentaire mais le directeur général, Laurent Jubert, veut développer la partie agricole du groupe (en doublant le CA du secteur agricole) par rapport à la partie industrielle. Développer et rentabiliser, Franck Coste sait faire. Il apporte en outre un regard neuf - et pour cause - dans un domaine qui a besoin d’une dimension un peu plus commerciale et marketing, mais aussi de savoir faire en acquisition pour créer un pôle qui soit le premier maillon de la chaîne de valeur du groupe. Il découvre les joies des fusions avec des structures coopératives plus petites, jusqu’au rapprochement avec Nouricia qui va donner naissance à Vivescia, en 2012. Au sein du nouveau groupe, Franck Coste devient directeur général adjoint information et organisation. Son job ? Organiser la création de valeur en interne pour gagner en productivité. Toutes les fonctions « partenaires » et « transverses » (ressources humaines, communication, marketing, achats, informatique, responsabilité sociale des entreprises...) sont de son ressort et contribuent fortement à l’amélioration des résultats d’exploitation de Vivescia. « Nous avons inventé un modèle organisationnel applicable aux 117 sociétés du groupe et destiné à créer ensemble cette valeur. Ce modèle matriciel est fondé sur l’empathie, la capacité à convaincre (notamment les DG des structures), l’animation, mais aussi sur la capacité et la volonté de chacun à contribuer aux résultats du groupe et pas seulement à ceux de son entité. Ce n’est pas un modèle ‘intégrateur’ mais ‘fédérateur’ dans lequel il faut montrer l’exemple en assurant toutes les fonctions transverses. »


Transmettre

Alors, finalement, quel est le moteur de Franck Coste ? Il répond sans hésiter : « La valeur de la transmission ». Là encore, il en appelle à son passé de sportif de haut niveau : « J’ai été moniteur de ski, j’aime ‘coacher’ les gens -ce que je continue à faire en course à pied. Je m’intéresse aux individus, à leurs talents, parce que c’est une manière de s’enrichir les uns des autres. Si j’apprends, je transmets. En démultipliant ces comportements auprès des collaborateurs, on arrive à créer de la valeur, tant individuelle que collective. C’est assez passionnant ! Et ça, c’est d’ailleurs quelque chose que l’on trouve davantage dans le modèle coopératif, quelque chose qui permet d’agir ensemble dans la durée. » Il se sent particulièrement à l’aise avec ces valeurs qui, à ses yeux, confèrent un supplément d’âme. « C’est ce qui me motive ! » Même s’il admet qu’il occupe aujourd’hui des fonctions... contre-nature, plus dans l’organisation que dans le développement, cela convient pour l’heure à cet adepte du « capitalisme patient » qui permet de se donner les moyens d’une stratégie à long terme. « L’action implique toujours une certaine rapidité ; c’est la façon de penser qui doit s’inscrire dans la durée. » A part ça, Franck Coste est un épicurien, passionné de cigares et qui possède une cave remplie de 4 000 bouteilles. C’est pour ça, d’ailleurs, qu’il s’est mis au marathon (3 h 03, quand même). Il skie toujours avec ses 2 fils malgré les 14 fractures diverses récoltées sur les pistes de son jeune âge ou lors des multiples périls en sport extrêmes qu’il pratique (free ride, VTT…). Accessoirement, il parle 6 langues, parce qu’il estime qu’une langue est le reflet d’une structure mentale et que c’est mieux pour communiquer aisément et gagner en efficacité - il pense quand même qu’il a peut-être un don...


Alain Juillet