Franck Coste

change de développement

Les « gros braquets » ne sont pas pour impressionner ce « free rider » dans l’âme - notamment en VTT. Mais un peu d’agilité - ces changements de rythme qu’imposent le terrain autant que les circonstances - ne lui déplaît pas non plus. Chose rare chez un sportif comme chez un patron, Franck Coste est aussi rapide qu’endurant. Essayons de le suivre dans son nouveau défi, à la tête de la Maison de Champagne Chanoine Frères.

Les lecteurs assidus et attentifs de la rubrique Inspirations se souviendront évidemment qu’en juin 2016 Franck Coste était alors directeur général adjoint information et organisation du groupe coopératif agricole et agroalimentaire Vicescia. S’il avouait que « l’organisation » n’était pas forcément sa tasse de thé quand le développement restait son terrain de jeu favori, il y voyait, dans le cadre fédérateur du modèle coopératif, quelque chose de l’ordre de la transmission qui le faisait vibrer et, de toute façon, toujours des choses à apprendre. Mais vient quand même le moment où l’on se lasse. Au mitan de la cinquantaine, l’envie de mettre en branle le capital acquis en une bonne trentaine d’années de carrière, de se prouver que l’on est en mesure de s’offrir encore un beau et grand défi, titille d’autant plus que l’on se sent, que l’on se sait au summum de ses capacités.


Feuille de papier

Chaque fois qu’il a eu envie de changer d’air, Franck Coste a pris une feuille de papier sur laquelle il a inscrit, d’un côté, ce qu’il aimait/ce qu’il voulait et, de l’autre, ce qu’il n’aimait pas/ce qu’il ne voulait pas. Et comme à 54 ans on commence à se connaître un peu, l’exercice est d’autant plus rapide. Il s’est offert une nouvelle grille de lecture personnelle en procédant à un petit 360° auprès de son entourage. D’où est ressortie, comme il s’y attendait, une nette dilection pour tout ce qui relève de l’épicurisme - 18 ans dans le monde du tabac et des cigares témoignant déjà de cette inclination, même s’il ne s’est pas agi d’y faire que des ronds de fumée.
Dans le même temps - nous sommes là début 2018 - Philippe Baijot, le président du Champagne Lanson et de quelques autres Maisons du groupe Lanson-BCC, se mettait en quête de successeurs potentiels. Sylvain Bertrand, qui connaît bien les deux hommes, les fait se rencontrer. Le courant passe, et on passera justement les « détails » qui amènent Franck Coste à prendre la suite de Philippe Baijot à la tête de la Maison Chanoine Frères, en qualité de président directeur général. Clin d’œil du destin : à sa sortie d’école de commerce il avait postulé dans plusieurs Maisons… sans succès.


Respect, confiance, performance

Franck Coste est donc aux manettes de Chanoine Frères, à Reims, depuis le 1er octobre 2018, pour « en conforter la dynamique et renforcer ses positions aussi bien en France qu’à l’export, notamment à travers Tsarine, sa cuvée de prestige ». Retour au développement, dans une structure à taille humaine. « Mon moteur, c’est de faire un bout de chemin avec une équipe, d’en faire grandir les membres. En petit comité, on est plus proche, plus efficace. » Plus que jamais adepte de ce capitalisme patient qui permet de se donner les moyens d’une stratégie à long terme (« l’action implique toujours une certaine rapidité ; c’est la façon de penser qui doit s’inscrire dans la durée », relisez l’article de 2016, l’auteur de ces lignes, déjà celui des précédentes, n’invente rien). Franck Coste n’en surprend pas moins dans l’espace-temps du Champagne. « Je sais décider vite, et parfois ça secoue un peu. Mais je le fais avec prudence afin que tout le monde avance au même rythme… »
Chez Chanoine, il s’appuie sur quelques termes forts qui le résument assez bien : respect, confiance, performance. Il compte aussi redonner toutes ses lettres de noblesse à une Maison presque tricentenaire, puisque fondée en 1730, à travers une communication ambitieuse, pour en faire « la plus contemporaine des vieilles Maisons de Champagne », fort de ce que « Chanoine Frères vient de loin, voit loin, et va loin » - ce qui est en soit une belle feuille de route.


Un développeur, pas un créateur

Voilà donc Franck Coste au sommet de la hiérarchie d’entreprise : président. Comme à presque tous les participants à la rubrique Inspirations, il est temps de lui demander pourquoi il n’a jamais - ou pas encore - créé sa propre entreprise ? On a dit que Franck était rapide et qu’il se connaissait bien, la réponse arrive donc immédiatement : « Créer, ex-nihilo, je ne pense pas savoir faire. Je suis un développeur, entrepreneur, mais pas un créateur. Dès la création d’une entreprise, je suis en mesure de l’accompagner - et je l’ai déjà fait souvent. Mais créer, non… »
Qu’on se le dise : à 55 ans (oui, parce que depuis qu’il est devenu président de Chanoine, il a fêté son cinquante-cinquième anniversaire), Franck Coste n’est définitivement pas un créateur d’entreprise. Comme quoi, le gène de la création d’entreprise qui s’active enfin, ça ne marche pas à tous les coups !


Franck Coste