Florence Bénichoux

« La prévention des risques humains au cœur de la nouvelle performance du 21e siècle »

A travers… plusieurs vies, Florence Bénichoux a forgé son expérience du « capital humain ». Ce qui l’a conduit à se spécialiser dans un domaine qui devient un véritable enjeu stratégique pour les entreprises : la prévention des risques santé - et notamment des risques psychosociaux.

Florence Bénichoux, vous dirigez actuellement Better Human Cie, un cabinet de conseil en capital humain, spécialisé dans la prévention des risques santé en entreprise. Quel parcours vous a conduit jusque-là ?

J’ai toujours été passionnée par l’humain. J’ai aimé comprendre le fonctionnement de son corps et son interaction avec le monde. C’est pour ça que je suis devenue médecin. Mais j’ai fait aussi des études de sciences politiques et de droit qui, ont fait de moi une spécialiste en médecine légale et en réparation juridique du dommage corporel.

Pour tout dire, j’ai eu 3 vies de médecin, par tranche de 10 ans environ.

J’ai démarré par la cancérologie où j’ai approché la mort.

Puis, par goût pour la vie, je suis partie dans des entreprises de communication santé, d’abord comme salariée, ensuite comme manager puis directeur général d’une des plus grosses agences santé de Paris pendant 7 ans. Là, j’ai managé une équipe de 60 personnes et beaucoup voyagé pour comprendre comment se faisait la prévention santé dans le monde entier.

La planète rétrécissait, nous découvrions les NTIC, nos patrons étaient à New York et les résultats demandés par les actionnaires étaient toujours plus élevés et imposaient de se séparer de bons collaborateurs… pas assez performants. J’ai alors fait un « burn-out », cet épuisement professionnel dont on ne parlait pas à l’époque. A l’origine de cette fracture dans ma vie professionnelle, le surmenage mais aussi le refus de faire des choses contraires à mon éthique.


Et le médecin que vous étiez n’a rien pu faire ?

C’est cela. J’ai alors décidé de créer ma première entreprise en faisant un métier que je connaissais bien, le conseil et communication santé, mais sur un modèle totalement innovant et ultra léger, basé sur l’association de compétences.

Au milieu des années 2000, j’ai vu chez mes clients une exigence toujours plus forte, avec une diminution de personnel et une chasse aux coûts toujours plus grande. L’important n’était plus la « qualité du travail », mais que cela ne soit « pas cher ». Je voyais de plus en plus de salariés et de confrères démotivés par un travail toujours croissant que l’on demandait de faire à la va-vite, sans plus se soucier ni de la qualité ni de l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle. J’ai pris pleinement conscience des relations entre travail et santé et me suis dit qu’il fallait inventer un système de protection pour les individus et des indicateurs pour les dirigeants, les chefs d’entreprises.


Et c’est ce qui a débouché sur la création de Better Human Cie*…

Exactement. Avec un projet à la fois simple et ambitieux : remettre l’humain au cœur du projet de l’entreprise, et lui donner les moyens de retrouver le plaisir de faire un travail de qualité. Car c’est l’homme qui apporte la créativité et construit la valeur de l’entreprise. La prévention des risques humains est au cœur de la nouvelle stratégie de performance du 21e siècle.


Y a-t-il vraiment une augmentation des risques psycho-sociaux en entreprise ?

Oui, très clairement. L’intensification du travail depuis les années 80, les changements permanents imposés aux entreprises, l’arrivée massive des nouvelles technologies, l’individualisation des objectifs… ont plongé les salariés dans une « souffrance » au travail, les poussant, pour certains, jusqu’au suicide. Aujourd’hui, selon les derniers chiffres disponibles, plus de 30 % des salariés disent subir un stress important au travail. Parce qu’ils n’ont souvent plus la possibilité de faire un travail de qualité - ce qui est très dévalorisant - les salariés perdent le plaisir de travailler. La prévention de ce risque psychosocial majeur qu’est le stress devient donc un enjeu stratégique pour les entreprises.


Alors par quoi, par où faut-il commencer ?

L’important est d’abord d’entamer le dialogue dans l’entreprise et de ne pas avoir peur de parler ouvertement de ces problèmes. Très classiquement, comme dans toute problématique, il faut d’abord accepter de « voir » le problème, faire travailler ensemble tous les acteurs de l’entreprise (direction générale, direction des ressources humaines, organisation syndicales, CHSCT, et service de santé au travail), réaliser un bon diagnostic pour identifier les causes réelles afin de mettre en œuvre des plans de prévention efficaces. Paradoxalement, le stress et sa prévention peuvent participer (ou obliger) à cette re-création du dialogue social.


Vous dites que cette démarche représente un véritable enjeu stratégique pour les entreprises…

Oui, s’occuper de la santé des gens et améliorer la performance des entreprises c’est avoir une vision à la fois humaniste et moderne de notre société.

Parler du stress est une belle opportunité de reparler de santé et de repenser l’organisation du travail en fonction d’une vision non seulement financière, bien sûr, mais aussi écologique et humaine, et ce au plus haut niveau dans les comités de direction et les conseils d’administration.

Je suis toujours choquée par le fait que les directions des services informatiques (DSI) disposent d’énormes moyens pour assurer la maintenance de leurs systèmes informatiques, quand les DRH en ont si peu pour assurer le bien-être des salariés. Parce que ce sont ces mêmes salariés qui créent la performance de l’entreprise et la relation, si importante, avec les clients. Alors que les entreprises sont fières de s’occuper aujourd’hui de l’environnement et préfèrent les bâtiments Haute Qualité Environnementale, demain, les salariés choisiront aussi, sans aucun doute, les sociétés où il fait bon vivre et qui cultivent un certain art de travailler. A nous de mettre en place les conditions nouvelles de notre créativité et de notre performance.

*Better Human Cie est un cabinet de conseil en capital humain qui accompagne les entreprises pour améliorer leur performance globale (économique, environnementale et sociale) et la qualité de vie au travail. Ce cabinet est spécialisé dans la prévention des risques professionnels et en particulier la prévention des risques psychosociaux.


Florence Bénichoux