Cécile Seelinger

« J’ai besoin de montagnes à gravir »

Bien sûr, il y a la Montagne de Reims… Ce n’est pas exactement celle qu’évoque Cécile Seelinger. Les siennes sont faites de défi, de création, de développement.

Quoique Versaillaise d’origine, ce n’est pas la ferme du Hameau de la Reine qui donna envie à Cécile Seelinger, dans son enfance, d’élever des vaches. Plutôt l’exploitation agricole - élevage et polyculture - de ses grands-parents, en Sologne. « Mes week-ends et mes vacances furent réellement ‘à la ferme’. De là je tiens une fibre terrienne qui fait partie de mes valeurs. » Mais adieu veau, vache, cochon… Cécile entrera à AgroParis (aujourd’hui AgroParisTech) et deviendra ingénieur agronome, avec pour spécialisation l’économie d’entreprise.
Premier job dans le conseil en stratégie et organisation, avec accompagnement à la pratique du management de l’innovation. « L’expérience de conseil, ça permet d’observer et d’aller de l’avant. L’innovation, ça permet de changer les codes, de réussir ou d’échouer… » Le conseil, c’est bien, sauf que ça ne lui donne pas l’occasion de se tester, de « faire ». Alors, deuxième job à Châlons-en-Champagne où, en 2004, à 32 ans, elle transporte enfants et mari et prend la direction générale d’une start-up qui édite sur le web des logiciels de conseils et services à destination du monde agricole. « C’était du pure player avant même que les agriculteurs aient Internet ! Nous étions pionniers. » Ce saut dans le vide la passionne. 8 ans plus tard (2012), la petite start-up de 15 personnes en compte plus de 100, est devenue leader sur son marché (elle s’appelle aujourd’hui SMAG), a atteint sa vitesse de croisière … « Une start-up engendre un management fusionnel qui peut limiter la création. Il fallait une nouvelle direction générale pour un nouveau dynamisme, et j’avais autre chose à découvrir. Par exemple le fonctionnement d’un grand groupe. »
Troisième job et nouvelle aventure à l’heure de la création du groupe coopératif agroalimentaire Vivescia, à Reims. Cécile est chargée de la direction des systèmes d’information. Cinq ans plus tard, à 48 ans, sonne l’heure d’un repositionnement vers un quatrième job, dans une dynamique de construction/collaboration.


Management de transition et Smartransition

Cécile planche alors sur le management de transition et le développement d’outils de recrutement adaptés à ce secteur en plein développement mais encore peu digitalisé. « Mon moteur, c’est de créer, de développer, d’envisager toujours l’étape d’après, explique-t-elle, de casser les codes, de me projeter dans l’avenir. » En ce sens, le projet a de quoi la satisfaire. Digitaliser, c’est faire plus vite pour moins cher. Sur ce créneau du management de transition, les entreprises sont-elles prêtes à cocher la case ? Cécile réalise une étude de marché qui montre une croissance de 20 à 30 % par an, et une « agilité » dont est friande une nouvelle génération de managers d’abord séduits par l’intérêt des missions. « Il y a une place à prendre. Elargir le champ des possibles, c’est stimulant. » Avec un modèle économique à la clé, une idée se transforme vite en projet, et le projet en entreprise. Naissance de la plateforme Smartransition. « L’innovation de Smartransition consiste à apporter un nouveau service sur le marché en combinant le savoir-faire (la compétence) et le savoir-être (la personnalité). Notre logiciel est un recruteur intelligent qui pose les questions à partir desquels il détermine les besoins de l’entreprise, puis le savoir-être attendu. De leur côté, les managers s’inscrivent sur la plateforme et constituent une communauté de recrutement. Nous garantissons la qualité de service pour apporter de la confiance, et nous fournissons un accompagnement 24h/24 aux entreprises et aux managers. En 2019, on avait la coquille et l’algorithme adéquat. L’application est dorénavant accessible à tous. »


De la bonne gestion

Se lancer dans un nouveau challenge, partir de zéro, passer du concept à l’entreprise, bref, créer, c’est ce que sait faire Cécile Seelinger. Mieux : c’est ce qu’elle aime faire. « L’intérêt de la création d’entreprise, c’est de développer une idée de manière à ce qu’elle fonctionne. Etre créateur d’entreprise ce n’est pas surfer sur le risque, c’est maîtriser le risque pour développer le projet, et réussir ! » De ses expériences passées elle retient surtout son intérêt pour l’agilité - qui nécessite cependant un socle solide sur lequel s’appuyer pour avancer - et une exigence de remise en cause permanente. « Je n’ai jamais imaginé ‘faire carrière’. Je n’avais même pas envisagé de créer une entreprise. Mais je veux m’épanouir dans ce que je fais, j’ai besoin de nourriture intellectuelle et de montagnes à gravir. » De tout cela, Cécile Seelinger parle calmement, posément, sans jamais négliger la réflexion qui précède l’action. Ne pas en tirer de conclusions trop rapides, qui risqueraient d’être erronées. Cécile Seelinger, c’est le feu sous la glace. Elle bout, mais elle se maîtrise. Voilà la bonne gestion.


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